En France, les 18-29 ans représentent 12 % des dossiers de surendettement. BNPL, mini-crédits et paiements fractionnés créent une dette invisible qui fragilise une génération.
Les 18-29 ans, 12 % des dossiers de surendettement : comment la dette invisible piège une génération

Une montée du surendettement jeunes portée par le BNPL et les mini-crédits

En France, le surendettement des jeunes progresse à un rythme inédit et les 18-29 ans représentent désormais 12 % des dossiers déposés auprès de la Banque de France. Cette montée du surendettement jeunes est alimentée par une dette dite invisible, éclatée entre mini-crédits, paiement fractionné en ligne et facilités de type « buy now, pay later » qui transforment chaque achat du quotidien en petit crédit de consommation. Les chiffres sont clairs : entre 2024 et 2025, les dossiers de surendettement des moins de 30 ans sont passés de 12 500 à 17 000, soit une hausse de 36 %, avec un bond de 65 % pour les 18-25 ans selon les données relayées par CreditNews.

Dans ces dossiers de surendettement, la Banque de France observe une part croissante de crédits de consommation de faible montant, souvent issus de paiements fractionnés et de mini-prêts rapides. Les paiements fractionnés et les mini-crédits représentent déjà près de 15 % des crédits à la consommation, avec des crédits paiements qui se multiplient sur les plateformes d’e-commerce et les applications mobiles. Un tiers des dossiers contenant du BNPL ou un mini-crédit concerne désormais des moins de 35 ans, ce qui confirme que le surendettement jeunes BNPL mini-crédits n’est plus un phénomène marginal mais un risque systémique pour une génération entière.

Le profil type est récurrent : un jeune adulte locataire, avec des revenus modestes ou irréguliers, sans garantie immobilière et déjà engagé sur plusieurs crédits de consommation. Les offres de « pay later », « now pay » ou « buy now, pay later » transforment un simple achat de téléphone, de console ou de billets de train en fractionné crédit, avec des paiements fractionnés qui s’ajoutent les uns aux autres jusqu’à saturer le budget mensuel. Dans ce contexte, les crédits consommation, les mini-prêts et parfois un crédit renouvelable se superposent, créant une dette diffuse que le jeune emprunteur ne perçoit pas toujours comme un véritable prêt, jusqu’au moment où les incidents de paiements se multiplient.

BNPL, mini-crédits et publicité agressive : les nouveaux moteurs de la dette invisible

Les acteurs du paiement fractionné et des mini-crédits ciblent clairement les jeunes, avec une publicité omniprésente sur les réseaux sociaux et dans les parcours d’achat en ligne. Le paiement fractionné est présenté comme une solution simple pour lisser un achat, alors qu’il s’agit bien d’un crédit à la consommation, souvent à taux élevé en cas de retard ou de report. Comme le résume un article du Parisien cité par les spécialistes du surendettement jeunes BNPL mini-crédits : « On n’a jamais vu ça : le nombre de jeunes victimes de surendettement n’a jamais été aussi élevé. »

Dans de nombreux dossiers de surendettement, on retrouve plusieurs paiements fractionnés actifs en parallèle, parfois sur quatre ou cinq plateformes différentes, avec des paiements fractionnés qui grignotent chaque semaine le compte bancaire. Ces crédits paiements sont rarement perçus comme des crédits de consommation à part entière, car le montant de chaque échéance fractionnée semble faible et se fond dans les dépenses de consommation courante. Pourtant, lorsque les revenus baissent, qu’un contrat précaire s’arrête ou qu’un intérim prend fin, ces paiements fractionnés deviennent ingérables et alimentent directement la montée du surendettement.

Les autorités préparent une réponse réglementaire, avec la directive européenne CCD2 qui doit requalifier le BNPL en crédit consommation et imposer une véritable vérification de solvabilité avant d’accorder un paiement fractionné. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, plaide depuis plusieurs années pour un encadrement plus strict des crédits de consommation et des offres de type fractionnés crédits, afin de limiter les effets de la publicité agressive sur les jeunes publics. En attendant, chaque nouveau crédit, chaque consommation prêt rapide et chaque crédit renouvelable souscrit sans analyse fine des revenus fragilise davantage un budget déjà tendu, ce qui rend ensuite tout rachat de crédit plus complexe et plus coûteux, avec des taux souvent compris entre 5,5 % et 6,8 % pour les regroupements sans garantie.

Après un rachat de crédit : prévenir la rechute et reprendre la main sur son budget

Pour un jeune déjà pris dans la spirale du surendettement jeunes BNPL mini-crédits, le rachat de crédit peut sembler être la solution miracle, mais ce n’est qu’un outil parmi d’autres. Quand les dettes sont fragmentées en petits crédits de consommation, en paiements fractionnés et en mini-prêts, un regroupement sans garantie immobilière allonge souvent la durée et augmente le coût total du crédit. Les taux proposés pour ce type de prêt restent élevés, et sans changement profond des habitudes de consommation et de gestion des paiements, le risque de replonger dans de nouveaux crédits de consommation reste important, comme le rappellent plusieurs analyses indépendantes sur le fait que le rachat de crédit ne résout pas les problèmes de budget à lui seul.

La vraie gestion financière post-rachat passe par un plan d’action précis, qui commence par l’arrêt des nouveaux paiements fractionnés et la fermeture des lignes de crédit renouvelable inutiles. Les jeunes concernés doivent lister tous leurs crédits, vérifier les taux, identifier les publicités qui les poussent à l’achat impulsif et, si besoin, se tourner vers un Point conseil budget ou une association spécialisée pour négocier directement avec les créanciers. Dans certains cas, surtout pour de petits montants dispersés, la renégociation des échéances, la suspension temporaire des paiements ou un accompagnement budgétaire peuvent être plus adaptés qu’un nouveau prêt de regroupement, notamment pour préserver un reste à vivre suffisant.

Prévenir la rechute, c’est aussi anticiper les pics de dépenses, comme la rentrée scolaire ou les frais de transport, afin de ne pas recourir à un crédit supplémentaire ou à un paiement fractionné de plus. Un guide pratique de gestion budgétaire, incluant le suivi des revenus, la priorisation des dépenses essentielles et l’optimisation des frais professionnels, permet de limiter le recours aux crédits paiements et de réduire progressivement la dette invisible. À moyen terme, la généralisation de l’éducation financière, avec des dispositifs comme le Passeport Educfi au collège, devra s’accompagner d’un encadrement plus ferme des publicités pour les crédits de consommation afin de freiner la montée du surendettement et de protéger durablement les jeunes générations.

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